Depuis lundi le 26 octobre 2009, les autorités médicales provinciales du Québec ont débuté une grande campagne de vaccination pour essayer de mieux faire face à une possible deuxième vague de cas de grippe A (H1N1) qui a d'abord été surnommée grippe porcine. Nous utilisons ici le terme grippe porcine, traduction libre de swine flu, parce que l'épidémie états-unienne de 1976 et sa campagne de vaccination semblent être une des raisons pour lesquelles l'actuelle campagne de vaccination soulève autant de questions.
L'utilisation du terme grippe porcine relève de la possibilité de transmission de cette grippe notamment par et chez le porc. Cependant, si on fait référence à l'épidémie de 1976, on doit parler de deux souches de grippes. Une de type A(H1N1), une variante de la grippe de 2009, et une de type A(H3N2). La grippe de type A(H1N1) a été à cette époque localisée près de Fort Dix, New Jersey et a causé directement un seul décès en plus de forcer une dizaine de personnes à se faire hospitaliser. La peur vient du fait que l'on associait cette branche d'influenza avec celle de la grippe espagnole de 1918...
La deuxième souche de grippe (H3N2) ou grippe Victoria qui s'est plus largement répandu, n'a cependant pas causé un nombre élevé de décès. Cependant, la peur de voir deux souches virulentes de grippe frappé la population des États-Unis au même moment très tôt au printemps, avait forcé l'administration à prendre des mesures drastiques et à assurer une campagne de vaccination à très grande échelle pour l'automne 1976 pour prévenir une deuxième vague. C'est à ce moment que les problèmes vont commencer.
Après une campagne de relations publiques qui avait laissé la population sur sa faim, le National Influenza Immunization Program débute sa campagne de vaccination le 1er octobre 1976. Une campagne qui connaît un début très lent... qui n'allait pas s'améliorer. Le 10 octobre à Pittsburgh, trois personnes de plus de 70 ans et cardiaques meurent quelques heures après avoir reçu le vaccin dans la même clinique. (1) Bien entendu, la panique gagne rapidement la population au point que le président Gerald Ford se fera vacciner, avec sa famille, en direct à la télévision, le 14 octobre 1976, malgré le fait que les décès n'aient finalement pas été attribués au vaccin.
La campagne sera suspendue le 16 décembre 1976, alors qu'au moins 40 millions (certaines sources évoquent jusqu'à 48 millions) de citoyens des États-Unis ont été vaccinés, soit un peu plus de 20% de la population. Cependant, le principal problème de relations publiques de ce programme est le nombre élevé de cas du Syndrome de Guillain-Barré. En effet, environ 532 cas du syndrome ont été notés entre le début et la fin du programme de vaccination chez des patients ayant reçu le vaccin(2).
Le Syndrome de Guillain-Barré est une maladie qui affecte les nerfs et peut provoquer des paralysies très légères, voire indétectable, mais aussi des paralysies graves et complètes d'une grande partie du corps menaçant directement la vie du malade. Comme ce syndrome est potentiellement mortel et qu'un lien a été créer, au moins par les médias (puisque les autorités médicales n'étaient pas unanimes), entre celui-ci et le vaccin, la population a éviter de se faire vacciner et l'opinion publique a forcer les dirigeants politiques a arrêté le programme de vaccination. En 1976, 25 personnes seraient mortes des conséquences du Syndrome, sur les 223 décès liés aux complications de la grippe.(3)
Le programme de vaccination des États-Unis de 1976 a été préparé très rapidement, appliqué très rapidement et son efficacité a été rapidement mise en doute par des décès subits. C'est l'opinion publique et le reflet des médias qui ont grandement contribué à l'arrêt du programme... sans parler, bien entendu de la quasi-disparition de ces souches de l'influenza au début de l'année 1977...
Sources
1- NEUSTADT, Richard E. and Harvey V. FINEBERG, M.D., The Swine Flu Affair: Decision-Making on a Slippery Disease (1978), p. 56, livre consulté en ligne au http://www.nap.edu/catalog.php?record_id=12660, le 26 octobre 2009.
2- SCHONBERGER LB, et al., "Guillain-Barre syndrome following vaccination in the National Influenza Immunization Program, United States, 1976-1977.", Amercian Journal of Epidemiology, Août 1979, volume 110, numéro 2, pp.105-23.
3- RETAILLIAU, HENRY F., et al., "ILLNESS AFTER INFLUENZA VACCINATION REPORTED THROUGH A NATIONWIDE SURVEILLANCE SYSTEM, 1976–1977", American Journal of Epidemiology, 1980, Vol. 111, No. 3, pp. 270-278
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mardi 27 octobre 2009
mardi 13 octobre 2009
La grippe espagnole de 1918
Par les temps qui courent, les médias semblent avoir à coeur la deuxième vague de la grippe A (H1N1) ou grippe porcine comme elle fût d'abord surnommée. Bien que des épidémies de grippes aient frappées et frappent encore notre planète, (pensons par exemple à l'épidémie de grippe H5N1 (aviaire, en 2005), la grippe de Hong Kong de 1968 ou même la grippe asiatique de 1957), il est important de se rappeler un peu l'histoire de la précédente épidémie qui ait frappé Québec, celle de la grippe espagnole de 1918.
La maladie est recensée en mai 1918, mais elle n'arrive "officiellement" à Québec, donc dans les médias, qu'autour du 27 septembre 1918 à Québec.(1) Ce n'est pas que les cas ne sont pas connus, mais en ville, les journaux n'en font guère mention. S'ensuit une véritable petite guerre de relations publiques alors que d'un côté le président du Conseil d'hygiène du Québec, le Docteur Arthur Simard déclare que la grippe espagnole n'existe pas, que nous faisons simplement face à une grippe saisonnière particulièrement virulente, tandis que le coroner de la ville de Québec, le Docteur Jolicoeur, affirme que la situation est menaçante et que le département d'hygiène de la ville n'a rien fait.(2) Ces houleux débats, tantôt alarmistes, tantôt minimisant les effets de cette grippe, seront rapidement éclipsés par la situation qui deviendra hors de contrôle.
À Québec, c'est le Bureau de santé qui forcera "[...] la fermeture des théâtres, des écoles, des tavernes et même des églises, en plus de restreindre les heures d’ouverture des magasins"(3) en octobre 1918. Malgré cela, la grippe frappe fort au milieu du mois d'octobre 1918, avec ses effets les plus dévastateurs ressentis entre le 10 et le 20 octobre. Elle fait pratiquement 500 morts dans la seule ville de Québec, dont une quarantaine de victimes par jour du 14 au 20(4). "Les corps publics, lents à s'émouvoir, s'étaient mis en branle, poussés aussi bien par les critiques que par l'évidence que la maladie dépassait en virulence les grippes ordinaires."(5)
La ville est pratiquement fermée pour une bonne partie du mois et les secours s'organisent. Le manège militaire est mis en quarantaine dès le 2 octobre et des écoles (notamment l'école Saint-Maurice de Limoilou) seront utilisés comme hôpitaux ou cliniques de fortune temporaires. La Société Saint-Vincent-de-Paul, les communautés religieuses de la ville (en particulier les Soeurs Servantes du Sacré-Coeur de Marie et les Soeurs Franciscaines Missionnaires de Marie)(6) en plus des étudiants en médecine de l'Université Laval et de la Ligue des ménagères qui fourniront du personnel médical bénévole (assistants, infirmiers et infirmières) pour passer à travers cette crise, seront tous appelés à contribuer.
Tout cela se déroule rapidement, alors que les premiers cas dans le monde étaient diagnostiqués au début de l'année 1918 et que la maladie est "disparue" vers le milieu de l'année 1919. À Québec, la mortalité diminue rapidement dès le début novembre 1918. C'est la dernière épidémie majeure que la ville de Québec ait connue.
Au final, ce que cette grippe montre n'est pas la virulence d'une maladie qui fera tout de même quelques millions de victimes sur notre belle planète, mais l'incapacité des autorités sanitaires et médicales de la ville de Québec à assurer un service de base en temps de crise à tous les citoyens. En effet, les quartiers les plus durement touchés sont les quartiers Saint-Sauveur et Saint-Malo. Au total, ce serait environ 80% des victimes qui résidaient en Basse-Ville(7), malgré les moyens de dernière minute fournis par la ville pour préparer des hôpitaux temporaires, incluant un montant de 25 000 dollars. Une préparation de dernière minute qui a causé bien des maux de tête aux patients et bien certainement au personnel médical qui a également payé un lourd prix de cette épidémie. De leur côté, "les métis indiens de la Réserve de Loretteville" n'auraient pas perdu aucun membre de leur communauté grâce aux plantes médicinales qu'ils utilisent. Dans ce cas-ci, la Berce ou Heracleum.(8)
Pour plusieurs personnes et dans plusieurs quartiers, cette épidémie venait s'ajouter à un climat déjà difficile d'économie de guerre et de "chasse aux conscrits", ces hommes qui refusaient de porter l'uniforme pour aller se battre avec les autres soldats canadiens pendant la Première Guerre mondiale. La décennie 1910 se terminait sur un épisode assez difficile...
Notes
1 - Antonio DROLET, "L'épidémie de grippe espagnole à Québec en 1918", dans Yolande BONENFANT, Trois siècles de médecine québécoise, Québec, La Société historique de Québec, 1970, Cahiers d'histoire no. 22, p. 99.
2- Antonio Drolet, loc. cit., p. 100.
3- Site Internet de la ville de Québec, consulté le 10 octobre 2009.
4- Réjean LEMOINE, "La grippe espagnole de 1918 à Québec", Cap-Aux-Diamants, Volume 1, Numéro 1, printemps 1985, p. 39.
5- Antonio Drolet, loc. cit., p. 104.
6- Antonio Drolet, loc. cit., p. 106.
7- Réjean LEMOINE, loc. cit.
8- Antonio Drolet, loc. cit., p. 106.
La maladie est recensée en mai 1918, mais elle n'arrive "officiellement" à Québec, donc dans les médias, qu'autour du 27 septembre 1918 à Québec.(1) Ce n'est pas que les cas ne sont pas connus, mais en ville, les journaux n'en font guère mention. S'ensuit une véritable petite guerre de relations publiques alors que d'un côté le président du Conseil d'hygiène du Québec, le Docteur Arthur Simard déclare que la grippe espagnole n'existe pas, que nous faisons simplement face à une grippe saisonnière particulièrement virulente, tandis que le coroner de la ville de Québec, le Docteur Jolicoeur, affirme que la situation est menaçante et que le département d'hygiène de la ville n'a rien fait.(2) Ces houleux débats, tantôt alarmistes, tantôt minimisant les effets de cette grippe, seront rapidement éclipsés par la situation qui deviendra hors de contrôle.
À Québec, c'est le Bureau de santé qui forcera "[...] la fermeture des théâtres, des écoles, des tavernes et même des églises, en plus de restreindre les heures d’ouverture des magasins"(3) en octobre 1918. Malgré cela, la grippe frappe fort au milieu du mois d'octobre 1918, avec ses effets les plus dévastateurs ressentis entre le 10 et le 20 octobre. Elle fait pratiquement 500 morts dans la seule ville de Québec, dont une quarantaine de victimes par jour du 14 au 20(4). "Les corps publics, lents à s'émouvoir, s'étaient mis en branle, poussés aussi bien par les critiques que par l'évidence que la maladie dépassait en virulence les grippes ordinaires."(5)
La ville est pratiquement fermée pour une bonne partie du mois et les secours s'organisent. Le manège militaire est mis en quarantaine dès le 2 octobre et des écoles (notamment l'école Saint-Maurice de Limoilou) seront utilisés comme hôpitaux ou cliniques de fortune temporaires. La Société Saint-Vincent-de-Paul, les communautés religieuses de la ville (en particulier les Soeurs Servantes du Sacré-Coeur de Marie et les Soeurs Franciscaines Missionnaires de Marie)(6) en plus des étudiants en médecine de l'Université Laval et de la Ligue des ménagères qui fourniront du personnel médical bénévole (assistants, infirmiers et infirmières) pour passer à travers cette crise, seront tous appelés à contribuer.
Tout cela se déroule rapidement, alors que les premiers cas dans le monde étaient diagnostiqués au début de l'année 1918 et que la maladie est "disparue" vers le milieu de l'année 1919. À Québec, la mortalité diminue rapidement dès le début novembre 1918. C'est la dernière épidémie majeure que la ville de Québec ait connue.
Au final, ce que cette grippe montre n'est pas la virulence d'une maladie qui fera tout de même quelques millions de victimes sur notre belle planète, mais l'incapacité des autorités sanitaires et médicales de la ville de Québec à assurer un service de base en temps de crise à tous les citoyens. En effet, les quartiers les plus durement touchés sont les quartiers Saint-Sauveur et Saint-Malo. Au total, ce serait environ 80% des victimes qui résidaient en Basse-Ville(7), malgré les moyens de dernière minute fournis par la ville pour préparer des hôpitaux temporaires, incluant un montant de 25 000 dollars. Une préparation de dernière minute qui a causé bien des maux de tête aux patients et bien certainement au personnel médical qui a également payé un lourd prix de cette épidémie. De leur côté, "les métis indiens de la Réserve de Loretteville" n'auraient pas perdu aucun membre de leur communauté grâce aux plantes médicinales qu'ils utilisent. Dans ce cas-ci, la Berce ou Heracleum.(8)
Pour plusieurs personnes et dans plusieurs quartiers, cette épidémie venait s'ajouter à un climat déjà difficile d'économie de guerre et de "chasse aux conscrits", ces hommes qui refusaient de porter l'uniforme pour aller se battre avec les autres soldats canadiens pendant la Première Guerre mondiale. La décennie 1910 se terminait sur un épisode assez difficile...
Notes
1 - Antonio DROLET, "L'épidémie de grippe espagnole à Québec en 1918", dans Yolande BONENFANT, Trois siècles de médecine québécoise, Québec, La Société historique de Québec, 1970, Cahiers d'histoire no. 22, p. 99.
2- Antonio Drolet, loc. cit., p. 100.
3- Site Internet de la ville de Québec, consulté le 10 octobre 2009.
4- Réjean LEMOINE, "La grippe espagnole de 1918 à Québec", Cap-Aux-Diamants, Volume 1, Numéro 1, printemps 1985, p. 39.
5- Antonio Drolet, loc. cit., p. 104.
6- Antonio Drolet, loc. cit., p. 106.
7- Réjean LEMOINE, loc. cit.
8- Antonio Drolet, loc. cit., p. 106.
Publié par
Histoire et Société
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13.10.09
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