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lundi 12 juillet 2010

(très) bref survol de l'histoire du jeu de hasard au Québec au 20e siècle

Note: Cette semaine marque un triste anniversaire: Haïti était secouée il y a six mois par un tremblement de terre aux conséquences dévastatrices (vous trouverez d'ailleurs l'article sur les éboulements près de Québec écrits sur Histoire et Société en réaction à ce tremblement de terre en cliquant ici). Les efforts sont encore importants à faire dans ce pays, certainement pour des années. Nous ne sommes pas spécialement partisans de l'histoire du temps présent et resterons hors de ce sujet, mais nous croyions important de souligner cette date et cet événement. Pour que l'on continue d'en parler.

Le lundi 12 juillet 2010, on annonçait officiellement que Québec serait désormais au coeur de la promotion et des prix d'une nouvelle loterie instantanée (voir l'article sur cyberpresse.ca ici). Considérant que cette loterie est sous la supervision de Loto-Québec, Histoire et Société a cru bon faire un (très) bref rappel de l'histoire des jeux de hasards au Québec et à Québec au 20e siècle. Nous voulons surtout ici nous attarder aux jeux d'argent, plutôt qu'aux jeux de hasard au sens large. En effet, les jeux de hasards sont bien implantés depuis très longtemps dans les civilisations amérindiennes et européennes avec toute sorte d'implication ludiques ou même morales et religieuses, mais ce sont les jeux d'argent qui nous intéressent ici.

http://www.gothicgreenoak.co.uk/images/games/lead_dice.jpg
Source: Lead dice, consultation en ligne, 12 juillet 2010.

Les jeux de hasards existaient en Nouvelle-France bien que chaque nation qui ait occupé le territoire du Québec, également sous le régime britannique, ait eu une influence sur un ou quelques uns de nos jeux de hasards (dés, cartes, dominos, loteries, sans parler de courses de chevaux par exemple qui servent aux jeux d'argent). Ce n'est cependant pas le but de cet article. (pour ceux qui seraient intéressés, je recommande fortement les livres de André Lachance qui traite du jeu dans ces différents ouvrages. Vous en trouverez une sélection partielle en cliquant sur ce lien. Faut-il préciser que je ne suis aucunement associé au contenu externe?) Une bonne partie de la législation «moderne» au Canada et au Québec à propos des jeux de hasards vient des Britanniques. Il est intéressant de noter que les lois visent surtout les classes populaires. En effet, le jeu était considéré, chez les classes aisées, comme un divertissement alors qu'il était, chez les classes populaires, un vice. 

Source: Richard II. Auteur inconnu. Consultation en ligne, 12 juillet 2010. NOTE: Ce portrait se trouve à l'abbaye de Westminster et serait le premier portrait réaliste d'un roi anglais en service.

En fait, jusqu'à tard au XXe siècle, la loi canadienne était pratiquement calquée sur le code criminel du Canada de 1892 qui faisait amplement référence à la loi de 1541 du roi Henri VIII, AN ACTE FOR MAYNTENANCE OF ARTYLLARIE AND DEBARRINGE OF UNLAWFUL GAMES qui faisait elle-même référence à des lois plus anciennes. Parmi celle-ci, une loi de Richard II (ci-haut) de 1388 qui interdisait entre autres certains jeux de dés à certaines dates!

File:William Hogarth - A Rake's Progress - Plate 6 - Scene In A 
Gaming House.jpg
Source: William Hogarth, A Rake's Progress, Plate 6: Scene In A Gaming House, gravure, 1735. Consultation en ligne, 12 juillet 2010.

Les grandes lignes du code criminel présente le jeu comme ceci. Il est répréhensible de se trouver dans une maison de jeu ou d'empêcher des hommes de loi d'y entrer alors que de tenir une maison de jeu est une offense plus grave encore. Aussi grave que jouer à différents jeux d'argent en public, ce qui est encore un crime aujourd'hui Jusqu'au début du 20e siècle, il était aussi illégal de spéculer ou de gager sur des marchandises et des devises... Les loteries étaient interdites (malgré ce qui se déroulait dans certaines foires locales) et la tricherie de certains jeux (par exemple au jeu du trois carte monté, dont voici un exemple en flash). Maisons de jeux organisées, loteries, aux tricheries et au jeu d'argent en public sont les cibles, parce que les plus répréhensibles. Ces lois se sont toutes adaptées au courant du 20e siècle pour faire face aux problèmes plus actuels.

http://images.sympatico.ca/images/Feeds/journalmetro/MostPopular/MostPopular5931b9dc45ef823971001057b794_150x150.jpeg
Source: Roger Baulu, Maurice Custeau, président de Loto-Québec, et Mario Verdon lors du tirage télévisé. tiré de l'article de Vincent FORTIER, «40 ans de tirage à Loto-Québec», Journal Métro, édition en ligne, consulté le 12 juillet 2010.

Le jeu d'argent devient compétence provinciale le 22 décembre 1969 suite à une décision de la Cour suprême du Canada (par rapport à la «taxe volontaire», sorte de loterie publique du Maire Drapeau créée en 1968). Québec créera ensuite rapidement, par un loi du 23 décembre 1969 (oui, le lendemain) deux sociétés d'état qui deviendront les ancêtres de Loto-Québec (qui prend forme de façon officielle en quelques semaines plus tard en janvier 1970). Le premier tirage de Loto-Québec (photo ci-haut) aura lieu le 14 mars 1970 sous forme d'un gala télédiffusé pour un gros lot de 125 000$. Le premier tirage où se remis un million de dollars au Québec aura lien en 1976 et Loto-Québec atteindra un chiffre d'affaire de 1 milliard de dollars annuellement pour la première fois en 1988.




mardi 6 juillet 2010

Quelques records de températures...

Note: c'est le retour à la normale pour Histoire et Société (c'est-à-dire des mises à jour hebdomadaires du mardi).  Merci de votre patience et de votre fidélité. Le blogue va avoir 9 mois la semaine prochaine et je compte bien que le blogue fête au moins une année complète d'existence (presque) sans anicroches, le 9 octobre prochain. Pour un blogue bénévole que je fais  en même temps que deux emplois, je suis assez content. Bonne lecture!

Pour faire écho à la vague de chaleur intense qui s'abat présentement sur tout le Québec (voir l'article sur cyberpresse.ca à ce sujet aujourd'hui), nous avons pensé présenté quelques situations précises de records de température pour différentes parties du Québec.

Les vrais records de température au Québec ou au Canada n'ont pas été enregistrés à Québec. À l'aéroport Jean-Lesage de Québec, le record de chaleur de tous les temps a été enregistré en 1953, le 17 juillet, à 35,6 degrés. On est loin des records absolus au Canada, mais la température devait tout de même être très chaude. Autrement, du vivant de la plupart des lecteurs, l'été (même l'année) le plus chaud des dernières années a été l'été 1998 où les températures moyennes ont été de plus de 2 degrés supérieurs aux normales! Autrement, la température la plus chaude jamais atteinte au Canada est enregistrée en Saskatchewan, le 5 juillet 1937. Le mercure atteint alors 45 degrés Celsius!


Source: "A mounted policeman refreshes his horse with a bucket of water in Detroit. On Wednesday, July 8, 1936, the temperature registered 104.4 degrees. It would stay in the 100s for seven consecutive days", consultation en ligne, The Detroit News, 6 juillet 2010.

La canicule la plus meurtrière enregistrée au Canada est celle de juillet 1936, principalement au Manitoba, en Saskatchewan et en Ontario. Cette vague de chaleur qui avait touché tout le continent a créé des records qui tiennent encore dans certains états américains! On parle de 8 jours consécutifs de chaleur intense en Ontario et de 13 jours (entre le 5 et le 17 juillet inclusivement) au Manitoba et en Saskatchewan. Cette vague de chaleur a tué plus de 1300 Canadiens, incluant plus de 400 morts indirectes, notamment par noyade (des gens qui essayaient de se refroidir...). Les records étaient de plus de 42 degrés Celsius dans différentes villes autant en Ontario qu'au Manitoba alors que les températures moyennes atteignaient 32 degrés et que la nuit on atteignait encore des températures avoisinant 30 degrés. Pendant cette vague de chaleur si intense que les trottoirs bombent ou les rails courbent, on racontent même qu'à certains endroits, les fruits cuisaient dans les arbres!

Saguenay (Saint-Jean-Vianney), mai 1971
Source: «Concepts de base en sécurité publique», Sécurité publique Québec, consultation en ligne, 6 juillet 2010.

Est-ce que la chaleur est le seul élément qui retient l'attention en été? Certainement pas. Bien entendu, certains se rappellent des inondations au Saguenay en 1996, mais le phénomène estival le plus spectaculaire du Québec a sans doute été le cratère de St-Jean-Vianney. Suite à de très importantes précipitations, un énorme glissement de terrain provoque des coulées de boues et un cratère de près de 600 mètres de diamètre dans cette banlieue de Jonquière, dans la nuit du 4 au 5 mai 1971. Cette petite localité a ensuite été largement désertée à la suite du décès de plus de 30 citoyens et de la disparition d'une quarantaine de maisons... À ce sujet, voir un des reportages de Radio-Canada, ici.

mardi 15 juin 2010

L'incendie des BPC de Saint-Basile-le-Grand, août 1988

Ces jours-ci, les États-Unis d'Amérique sont aux prises avec une des catastrophes naturelles les plus grave de l'histoire avec l'immense marée noire causée par une fuite d'une plateforme de forage de la compagnie British Petroleum.  À ce sujet, je vous invite à consulter le dossier du site de la chaîne américaine CNN, en cliquant ici (on en parle aussi largement dans nos médias au Québec). Rien ne me semble comparable au Québec, mais ça ne veut pas dire que le Québec s'en tire avec une note parfaite quand vient le temps de penser à notre gestion des matières à risque.

http://www.treehugger.com/burning-oil-rig-explosion-fire-photo12.jpg
Source: Image de la US Coast Guard, tiré du site treehugger.com, consultation en ligne, 15 juin 2010.

Il n'y a pas si longtemps, Le site Internet du quotidien Le Soleil parmi d'autres nous apprenait (lundi 3 mai 2010) que le quartier Limoilou avait été le théâtre d'une fuite de gaz toxique, le styrène. Bien que la ville ne soit par étrangère aux fuites de gaz par les temps qui courent (faut-il se rappeler la fuite de benzène dans Saint-Sauveur en 2009), ce genre d'incident, à Québec et au Québec, heureusement assez rare, n'est malheureusement pas une nouveauté. Nous n'avons pas à aller bien loin dans le passé pour nous rappeler un des épisodes les moins glorieux de l'histoire du Québec en matière de gaz toxique, l'incendie des biphényles polychlorés (ou encore polychlorobiphényles), mieux connu sous l'acronyme BPC, de Saint-Basile-le-Grand.

20_000_gallons_de_BPC_ont_flambe_a_l_entrepot_de_SaintBasileleGrand_et_l_epaisse_fumee_noire_n_a_pas_tarde_a_envahir_le_secteur_du_Domaine_des_HautsBois_a_SainteJulie
Source: Photographie montrant l'épaisse colonne de fumée d'échappant de l'entrepôt en feu, Consultation en ligne, 15 juin 2010.

23 août 1988. 20h40. Au moins trois explosions sont entendues près de l'entrepôt municipal de Saint-Basile-le-Grand (rive-sud de Montréal). Cet entrepôt est utilisé par l'entrepreneur Marc Levy qui y entreposait des BPC. Concrètement, les BPC font référence à plus de 200 substances différentes qui prennent toutes la forme de liquide assez stable et transparent. Ce serait Alain Chapleau, alors employé municipal de St-Baile-le-Grand, un homme qui a été accusé, puis acquitté (et qui aurait, 14 ans après le fait, avoué ses actes) qui aurait mis le feu à l'entrepôt. Le brasier est intense. Les dégâts seront majeurs. Mais les dégâts finiront par être contenus. On confirmera que les cours d'eau touchés pourront être presque entièrement dépollués, les BPC pourront être déplacés, les habitants pourront entrés chez eux vers le 9 septembre 1988.

La contamination sera immense. Bien qu'une firme spécialisée ait pu récupérer presque toutes les eaux usées sur place, c'est plus de 3000 foyers de St-Basile-le-Grand et des villes avoisinantes (St-Bruno, Ste-Julie) qui ont dû être évacués, certains pour trois semaines. Les dégâts ont coûté plusieurs dizaines de millions de dollars et les BPC seront finalement presque tous éliminés de St-Basile 10 ans plus tard alors qu'ils ont pu être transportés de façon sécuritaire vers l'incinérateur de Swan Hill en Alberta ou dans un centre d'enfouissement du Québec, celui de Grandes-Piles en Mauricie. Les terrains sur lesquels se trouvaient l'entrepôt constituent aujourd'hui un espace vert qui ne permet pas de rappeler ce qui s'y est passé.

Documents d'intérêts
Alerte sur Saint-Basile-le-Grand. (reportage télé). Les Archives de Radio-Canada. Société Radio-Canada. Dernière mise à jour : 14 août 2008. Page consultée le 3 mai 2010.

mardi 25 mai 2010

L'histoire de Dollard des Ormeaux (1635-1660)

Hier, les gens du Québec célébraient la journée nationale des Patriotes. Jour férié célébré depuis 2003 pour venir en concurrence directe avec la fête de la Reine (Victoria Day), la fête a longtemps eu une connotation particulière au Québec alors que la reine Victoria était remplacée par Dollard des Ormeaux, un «héros obscur» de la Nouvelle-France. Qui était donc ce Dollard, quelle est sa véritable histoire? Voilà les questions auxquelles nous tenteront de répondre. Nous ne cherchons pas à comprendre tout le débat commémoratif à son sujet. Pour ce faire, nous vous invitons à lire la très instructive étude de Patrice GROULX, Pièges de la mémoire : Dollard des Ormeaux, les Amérindiens et nous, Hull, Éditions vents d'ouest, 1998, 436 pages.

http://www.ventsdouest.ca/photo/grande/L97829216037061.jpg

Source: Site Internet de l'éditeur Vents d'ouest, consultation en ligne, 25 mai 2010.

Né à Ormeaux, en France, Dollard arrive en Nouvelle-France à la fin des années 1650 (vraisemblablement en 1658), et se fait offrir le commandement d'un petit fort près de Ville-Marie. À cette époque, les Français du territoire laurentien sont en guerre avec les Iroquois, principalement les Agniers (Mohawks). Bien que la situation semblait s'être calmée au début des années 1650, l'année 1660 est particulièrement importante puisque d'importantes rumeurs d'attaque ouverte par les Cinq-Nations iroquoises sur les villes de Québec, Trois-Rivières et Ville-Marie se font persistantes. C'est dans l'espoir de contrer ces attaques, mais surtout de faire un peu d'argent  que Dollard des Ormeaux organise un groupe de jeunes hommes pour aller affronter les Iroquois.


Source: Pierre-Louis Morin (peut-être), Paul Chomedey de Maisonneuve (vers 1885), tiré Benjamin Sulte, l'Histoire des canadiens-français, consultation en ligne, 25 mai 2010.

Dollard a pu rencontrer Maisonneuve dans les premières semaines de 1760 pour lui exposer son plan pour sécuriser le site de Long-Sault, sur la rivière des Outaouais. Ainsi, il pourrait court-circuiter les trajets amérindiens des fourrures vers le sud pour assurer la venue vers Ville-Marie des fourrures de différentes nations intéressées à commercer avec les Français. Cette action permettrait ainsi aux marchands de Ville-Marie (une ville de moins de 400 âmes) de pouvoir se garder la tête hord de l'eau et de ne pas mettre à exécution leurs menaces de quitter la colonie. Vers le milieu du mois d'avril 1760, Dollard a réussi à rallier à son projet 16 autres jeunes hommes (Lambert Closse, un sergent-major, de même que Charles Lemoyne et Pierre Picoté de Belestre, deux fils de familles bien en vue avaient prévu être du nombre, mais les semences les retinrent) à qui viendront s'ajouter une quarantaine de guerriers hurons et quatre guerriers algonquins. Maisonneuve n'a d'autre choix que d'autoriser le raid prévu par Dollard.

File:Battle of Long Sault 1660.jpg
Source: Battle of Long Sault, 1660, auteur inconnu, consultation en ligne, 25 mai 2010.

Le petit groupe se met en marche de Montréal vers la mi-avril, repousse une petite troupe d'Iroquois à l'Île Saint-Paul (devant Montréal) et atteint Long-Sault, sur le long de la rivière des Outaouais, autour du 1er mai. Long-Sault était un petit fortin qui avait été construit par des guerriers algonquins l'année précédente, mais qui avait été laissé à l'abandon. Le 2 mai, le groupe de Dollard aperçoit quelques éclaireurs iroquois. C'est alors que s'en suit une escalade rapide: une troupe d'Iroquois vient assiéger la position des Français; ils sont repoussés; on négocie la suite des choses; ça n'améliore rien; certains Hurons quittent pour rejoindre les Iroquois qui ont été renforcé par une troupe de quelques centaines de guerriers (jusqu'à 300 selon les sources). Bref, un «siège» qui a probablement duré une dizaine de jours et qui s'est soldé par les mort de presque toute la troupe de Dollard: cinq Français et quatre Hurons survécurent à la bataille, non sans que le petit groupe du Long-Sault n'ait tenté de repoussé les Amérindiens avec des grenades improvisés ou un lancé de baril de poudre à faire exploser (qui selon certains n'aurait pas traversé la palissade et aurait tué une grande partie des défenseurs du fortin)...

http://www.ameriquefrancaise.org/media-384/14_monument_Dollard_des_Ormeaux_Large.jpg
Source: Alfred Laliberté, Monument Dollard des Ormeaux, Parc Lafontaine, Montréal, Bibliothèque et Archives nationales du Québec, consultation en ligne, 25 mai 2010.

La légende est vraisemblablement née du fait que cette bataille ait freinée momentanément les Iroquois d'attaquer la Nouvelle-France et ait permis la reprise du commerce des fourrures pour l'été 1660, sauvant ainsi la Nouvelle-France au grand complet et ayant tué au passage quelques centaines de guerriers iroquois!  Considérant l'importance des augures et pressentiments chez les Amérindiens, cet affrontement et la résistance imprévus ont surement été suffisant pour ralentir l'envie des Iroquois qui ont continué leurs attaques en et ont fait plus de 100 victimes en Nouvelle-France en 1661 (sur une population totale de moins de 2000 âmes!), diminuant ainsi beaucoup l'impact de la bataille de Long-Sault, pendant laquelle une vingtaine d'attaquants iroquois seulement seraient morts...

Pour plus de détails
On vous invite simplement à consulter l'article de André VACHON, «DOLLARD DES ORMEAUX, Adam», Dictionnaire biographique du Canada en ligne, consultation le 25 mai 2010.

Je vous recommande aussi l'article en ligne de Patrice GROULX «Dollard des Ormeaux», Encyclopédie du patrimoine culturel de l'Amérique française, consultation le 25 mai 2010. Cet article offre des liens vers des films et autres documents d'intérêts.

mardi 18 mai 2010

Henry Morgentaler et l'avortement au Québec depuis les années 1960

Suite aux récentes déclarations du cardinal Marc Ouellet sur l'avortement lors d'un rassemblement pro-vie à Québec en fin de semaine dernière (lire le texte de cyberpresse ici), déclarations qui ont suscitées de vives réactions, nous avons cru bon vous présenter la petite histoire de l'évolution de la pratique de l'avortement dans la province de Québec, surtout à travers les actions du Dr. Henry Morgentaler. Nous sommes tout à fait conscient que ce texte parle seulement du processus de «décriminalisation» puis de «légalisation» de l'avortement, sans parler du mouvement pro-vie. Comme nous l'avons mentionné dès le départ du blogue, Histoire et Société ne sert pas pour autant à commenter l'actualité: c'est seulement l'angle qui nous apparaît le plus intéressant. Le but n'est pas ici de débattre d'opinions actuelles, mais de parler d'histoire en relation avec l'actualité.

http://www.nationalpost.com/opinion/253949.bin?size=404x272
Source: Dave Sidaway, Dr. Henry Morgentaler en 1975, dans David Frum, "The Day Humanity Became Cheap", National Post, 22 janvier 2008. Consultation en ligne, 17 mai 2010.

Bien que déjà "criminalisé" par le code criminel en vigueur dans le Dominion en 1869, la pratique de l'avortement est spécialement visée dans la première mouture du code criminel de 1892. L'avortement de même que plusieurs autres techniques de limitation des naissances (vasectomie, hystérectomie, contraception, etc.) sont criminalisées et passibles de peines de prison. Dans les premières décennies du XXe siècle, surtout à partir des années 1920, les premières ressources de contrôle des naissance et de planification familiale vont faire leur apparition et vont faire significativement diminué la taille des familles surtout en milieu urbain à travers le pays. Mais on ne parle pas encore d'avortement.


Source: Dr. Elisabeth Bagshaw, consultation en ligne, 18 mai 2010. La docteure Bagshaw ouvre la première clinique de planification familiale au Canada en 1932 en Saskatchewan. Ce genre de clinique est alors encore illégal.

L'un des principaux défenseurs de l'avortement légal au Canada est certainement le Dr. Henry Morgentaler. Immigrant polonais, brièvement emprisonné à Auschwitz, Morgentaler arrive au Canada en 1950. Diplômé de l'Université de Montréal (1953), il pratique la médecine "générale" jusqu'en 1968. C'est cette année que Morgentaler décide d'offrir des avortements sécuritaires en clinique privé, de façon illégale. En effet, en 1969, Ottawa avait décriminalisé l'avortement pratiqué dans un hôpital public, si la grossesse mettait la vie de la mère en danger (article 251 du Code criminel). Ce n'est donc pas le cas des avortements pratiqués par le Dr. Morgentaler.

Source: Antoine Desilets, Manifestation du comité de défense du Docteur Morgentaler (1979), Archives nationales du Québec à Montréal, fond Antoine Desilets, cote p697. Consultation en ligne, 17 mai 2010.

Morgentaler sera d'ailleurs arrêté à Montréal le 1er juin 1970 pour cette raison. Morgentaler subira trois procès dans les années 1970. Il gagne son premier procès en 1973, (Morgentaler affirme en 1973 avoir déjà pratiqué 5000 avortements illégaux) mais la cour d'appel du Québec renverse la décision et il restera 10 mois en prison. Lors d'un deuxième procès en 1975, un jury le trouve non coupable, mais il est déjà en prison. Sorti de prison, le gouvernement du Québec tente de lui faire un nouveau procès, ce que le nouveau gouvernement majoritaire du Parti québécois laissera tomber après son élection, le 15 novembre 1976. C'est aussi en 1975 que Morgentaler essaye de renverser la loi canadienne qui criminalise l'avortement, mais ses démarches n'aboutiront pas à une victoire pour lui alors que la cour suprême du Canada tranche à 6 contre 3 dans le cadre de l'arrêt Morgentaler c. La Reine (1976) en faveur du statut criminel des avortements.

ABORTION 
ISSUE. (item 1)
Source: Roy Careless, Abortion Issue, Bibliothèque et Archives du Canada, consultation en ligne, 18 mai 2010. Cette caricature montre Brian Mulroney, vraisemblablement peu de temps après la décision de 1988, accroché à un rhinocéros géant représentant le dossier de l'avortement et tenant une girouette... hésitant à aller d'un côté ou d'un autre...

En 1988, Morgentaler (avec Dr. Richard Scott et Dr. Leslie Frank Smoling) revient à la charge. Cette fois, la cour suprême tranche en sa faveur dans l'arrêt R. c. Morgentaler. Depuis cet arrêt, aucune loi ne criminalise l'avortement au Canada puisque l'article 251 qui régissait ces pratiques est entièrement aboli. Le Canada devenait alors le premier pays occidental à décriminaliser complètement l'avortement. Le gouvernement progressiste-conservateur de Brian Mulroney a bien essayer d'encadrer la pratique des avortements aux seuls cas nécessaires en raison de "santé" et de criminaliser des autres cas (les médecins devenant passibles d'une peine d'emprisonnement de deux ans), mais le Sénat a bloqué le projet de loi qui avait été adopté par la Chambre des communes en 1989. Morgentaler va pratiquer des avortements jusqu'en 2006. Aujourd'hui, il supervise encore la pratique dans six cliniques privées qu'il a fondées. Au Canada, entre 2002 et 2006,  selon Statistiques Canada, il se pratiquait encore entre 91 000 et 105 000 avortements provoqués par année.

Pour plus de détails
* Le film Democracy on Trial: the Morgentaler Affair de Paul Cowan (1984) parle amplement de cette histoire et est disponible sur le site de l'Office national du film du Canada.

* Les archives de Radio-Canada et de CBC offrent aussi des dossiers complets sur le Dr. Morgentaler, sa vie et sa pratique.

* Campagne Québec-Vie est l'organisateur de l'événement dans lequel Mgr Ouellet s'exprimait. Ce groupe regroupe les informations sur toutes les campagnes "pro-vie" actuellement en cours au Québec (euthanasie, avortement, etc.)

mercredi 17 février 2010

Le Québec, le Canada et les Jeux Olympiques d'hiver

Peut-être revenez-vous d'un séjour dans la forêt. Si c'est le cas, les Jeux Olympiques (JO) d'hiver de Vancouver ont débuté le 12 février dernier. Si l'on inclut la "Semaine internationale des sports d'hiver" de Chamonix de 1924 organisée par le Comité International Olympique (CIO) comme premiers jeux d'hiver, le Canada a participé à toutes ces recontres. Voici donc quelques faits saillants de la présence canadienne aux JO d'hiver.

Le sport d'hiver qui a rapporté une récolte constante de médailles pour le Canada est... le hockey sur glace. (qui l'eut crut!!) En effet, le sport national d'hiver a été une constante de la délégation canadienne... avant l'arrivée de l'Union Soviétique. Le Canada y remporte un total de 12 médailles en 20 éditions dont six médailles d'or (1924, 1928, 1932, 1948, 1952, 2002), quatre d'argent (1936, 1960, 1992, 1994) et deux de bronze (1956, 1968). Sur ces médailles, quelques unes sont intéressantes.

http://individual.utoronto.ca/mfkolarcik/1928moritz-b.jpg 
Source: Canadian Olympic Hockey Team, At St. Moritz, Switzerland, 1928, tiré de Michael Kolarcik, "T.A. Reed - Ice Hockey Varsity Blues", consulté en ligne, 16 février 2010.
Par exemple, à St. Moritz en 1928, lors des pratiques, l'équipe canadienne (alors représentée par l'équipe de l'Université de Toronto qui s'est fait appelée les Graduates) a été jugée trop puissante. Ainsi, avant même le début du tournoi, l'équipe a du attendre patiemment la ronde finale. Le moment venu, l'équipe a dû affronter trois pays: la Suisse, la Grande-Bretagne et la Suède. Elle les a finalement vaincus les trois par un pointage cumulé de 38 à 0... Disons que la domination était évidente.

http://z.about.com/d/proicehockey/1/0/j/A/british-team-1936.jpg 
Source: Great Britain's gold medal team at the 1936 Winter Olympic Games in Garmisch-Partenkirchen, Germany, "Olympic Hockey History", consulté en ligne, 17 février 2010.
La première médaille d'argent du Canada dans ce même sport et donc la fin de la domination canadienne arrive avec la présentation des jeux de Garmisch-Partenkirchen de 1936. L'équipe canadienne connaît un bon tournoi et va affronter, en finale, l'équipe la plus puissante de l'époque... la Grande-Bretagne. Pourquoi? L'équipe canadienne dépose en effet une plainte à l'effet que 10 des 12 joueurs de l'équipe britannique a appris le hockey au Canada et qu'ils sont, à peu de choses près, des joueurs canadiens. Mais la décision ne sera pas renversé et la Grande-Bretagne conservera son seul titre olympique en hockey sur glace à ce jour. Le Canada conservera alors sa médaille d'or jusqu'en 1956 où une nouvelle équipe vient les surprendre et qui commencera une large domination sur ce sport pour presque toute la seconde moitié du XXe siècle: l'Union soviétique.

Le premier Québécois à participer aux JO est un homme originaire de Westmount (Montréal), William Thompson. Thompson est un fondeur de l'Université McGill qui participe à l'épreuve de 18 kilomètres, style classique, de ski de fond des JO de St. Moritz en 1928. Il se classe finalement 37e, ayant manqué une semaine complète d'entraînement avant les JO. Pour quelle raison? Le voyage en bateau pour se rendre en Suisse...

Les jeux de Lake Placid 1932 marquent la première récolte de médailles dans d'autres sports qu'au hockey, c'est-à-dire en patinage. Cinq médailles en patinage de vitesse (longue piste) et une en patinage artistique. Sans parler de la médaille d'or en hockey, arrachée aux États-Unis grâce à une partie nulle, même après trois période de prolongations!


Source: Godfrey Dewey, president of the 1932 Olympic organizing committee, awarding the silver medal for the 1,500-metre speed skating event to Canadian Alexander Hurd (left), the gold medal to American Jack Shea (centre), and the bronze medal to Canadian William Logan, 1932., Encyclopedia Britannica, consulté en ligne, le 17 février 2010.

Le premier québécois à avoir remporté une médaille olympique est Alexander Hurd (deuxième à partir de la gauche sur la photo). Natif de Montréal, Hurd était un patineur de vitesse qui a réussi à gagner la médaille d'argent du 1500 mètres et la médaille de bronze du 500 mètres (patinage de vitesse longue piste) et il remporte également ces médailles aux JO de Lake Placid.



Source: RCAF Flyers 1948, "Canadian Olympic School Program", consulté en ligne, le 16 février 2010.
Finalement, le premier Québécois à avoir remporté une médaille d'or olympique est Orval Gravelle, natif de Aylmer (près de Hull qui fait aujourd'hui partie de Gatineau, Québec) et qui faisait partie de l'équipe de hockey des JO de St. Moritz en 1948 (c'était en fait les Flyers de la Royal Canadian Air Force). En 1948, Gravelle n'a que 20 ans et est le plus jeune joueur de l'équipe. Il a été suivi en 1964, à Innsbruck, par Peter Kirby et les frères John et Victor Emery, de Montréal, membres de l'équipe championne de Bobsleigh à quatre. Il faut dire que le seul moyen pour les membres du club de Bobsleigh pour s'entraîner était à l'époque de se rendre en voiture à la piste de Lake Placid et que le financement des entraînements venait au départ uniquement que des cotisations des membres de leur club, le Canadian Bobsledding Club de Montréal (anciennement le Laurentian Bobsledding Club).


Source: veloptimum.com, consulté en ligne, le 17 février 2010.
Dernière petite curiosité, une athlète canadienne, aux JO de Salt Lake City (États-Unis, 2002) est la seule athlète à avoir remporté les trois médailles (or, agrent, bronze), pour une seule et même épreuve dans un seul JO. En effet, lors de la poursuite de ski de fond (5km), Beckie Scott (à droite sur la photo) s'est classée 3e, devenant la première nord-américaine à remporter une médaille en ski de fond. Cependant, Scott s'est vue attribuer la médaille d'argent en 2003 alors que la russe Larissa Lazutina fut trouvée coupable de dopage et disqualifiée, puis elle reçut la médaille d'or en 2004 alors que l'autre russe, Olga Danilova, fut elle aussi disqualifiée pour les mêmes raisons.

Et pour la route, le premier Canadien à remporter une médaille d'or au Canada pendant de JO... Le connaissez-vous? Voici une photo... c'est un certain Alexandre Bilodeau, en ski de bosses, le 14 février 2010. En avez-vous entendu parler? J'en doute ;) Mais suivez tout de même l'histoire, l'Australien en deuxième place n'est pas content...

Source: Cambridge Now, consulté en ligne, le 17 février 2010.

mardi 9 février 2010

Le premier débat du Parlement de Québec, 1792

"Les travaux de la première session de la 39e législature sont ajournés depuis le 4 décembre 2009. L'Assemblée reprendra ses travaux le mardi 9 février 2010, à 13 h 45."(1) Voici ce qu'on peut lire sur le site de l'Assemblée nationale du Québec encore ce matin du 9 novembre. Comment s'est déroulée la première rentrée parlementaire de l'histoire du Québec, à l'hiver 1792-93?

La première chambre d'assemblée élue qui peut ressembler à notre Parlement actuel est celle qui est élue à la suite de la loi constitutionnelle de 1791. En effet, Québec devient une ville politique à part entière: "La structure même de l'état colonial est modifiée. Désormais, chaque année, Québec accueillera, en plus des conseillers législatifs, une cinquantaine de députés venus de tous les coins du Bas-Canada pour participer à l'élaboration des lois, débattre et discuter des politiques coloniales." (2)

 L'Assemblée législative du Bas-Canada (chapelle du Palais épiscopal), ville de Québec. (item 1)
Source: Charles W. Simpson (1927), l'Assemblée législative du Bas-Canada (chapelle du palais épiscopal), ville de Québec, Bibliothèque et Archives Canada, consultation en ligne, 9 février 2010.

Les premières élections sont donc organisées rapidement et l'absence de certaines règles provoquent des situations particulières: les campagnes n'ont généralement qu'un seul bureau de vote pour une immense circonscription, les catholiques, les femmes, les juifs et les Amérindiens ont le droit de vote, (impensable en Angleterre), les comtés sont nommés (pour la plupart) à partir des comtés britanniques, le vote se fait à voix haute et publiquement, aucun parti n'existe, mais des alliances de fait se forment. Un peu chaotique dans la situation actuelle. Mais au milieu de l'été 1792, une première chambre de 50 députés est composée et devra se réunir le 17 décembre de la même année.










  

Source: Jean-Antoine Panet (1751-1815), gravure tirée de Benjamin Sulte, l'Histoire des Canadiens-Français, Sulte, 1884. Disponible en ligne, consulté le 9 février 2010.

Le premier vrai débat s'anime autour de l'élection du premier président (speaker) de l'assemblée. Après deux jours de débats houleux où la minorité anglophone (16 députés, principalemet issus de la communauté des affaires, contre 34 députés francophones) a tenté de faire élire un de ses représentants, c'est l'avocat J-Antoine Panet qui est élu. Il faut comprendre que cette élection ne se fait pas sans débat: compétences du candidat, langue maternelle, fonctionnement de la chambre. Au final, Panet est élu à majorité alors que tous les députés anglophones et trois francophones (dont le cousin de Panet, Pierre-Louis Panet) votent contre ce l'avocat. Lors de ce débat à la présidence, les élus font déjà comprendre qu'un premier vrai débat devra être fait bientôt. Celui de la langue des débats et des procès-verbaux de l'Assemblée.

http://www.collectionbaby.umontreal.ca/images_icono/ImageGrandFormat/C002001.jpg










Source: Le débat sur les langues: séance de l'Assemblée législative du Bas-Canada le 21 janvier 1793. 1910-1913. Charles Huot (peintre), Marc Lajoie et Bernard Vallée (photographes). Tiré de "1777-1791: la montée des idées libérales", Les Canadas vus par les Canadiens, 1750-1860, consulté le 9 février 2010.

Les hostilités s'ouvrent rapidement le 21 janvier 1793. En effet, depuis la Conquête, le français avait toujours pu garder une certaine place dans les documents coloniaux juridiques et administratifs, mais cette chambre d'assemblée, qui relevait directement de Londres, devait se poser la question à savoir comment elle-même publierait ses travaux, les rendrait officiels. Bien entendu, on s'attend à la couleur des débats. D'un côté, on prétend que les travaux s'effectuent pour être compris par le peuple (et par la majorité des parlementaires coloniaux) et de l'autre on prétend que la langue "impériale" devrait prévaloir.



Source: Statue de Guy Carleton, Lord Dorchester, devant le Parlement de Québec, consultation en ligne, 9 février 2010.

C'est après deux journées de débat fort animés qu'une conclusion s'impose finalement: les deux langues seront acceptées, les députés étant en mesure de présenter des lois dans la langue de leur choix, et qu'une traduction systématique assurerait que les textes soient disponibles pour tous, dès la première lecture du texte devant l'assemblée. Chaque loi serait donc votée dans la langue du dépôt du projet, au choix du représentant.  De plus, en lisant entre les lignes, on se rend compte que les lois criminelles (relevant du système britannique) seront présentées d'abord en anglais, alors que celles relevant du système civil (inspirées du système français) seront présentées dans la langue de Molière. Cette conclusion survit le temps d'un été. En septembre 1793, le gouverneur Dorchester (Guy Carleton), fraîchement débarqué d'Angleterre, rapporte une directive du gouvernement impérial: les lois seront votées en anglais, puis traduites.


Sources
1- "Les travaux parlementaires, 39e législature", Assemblée Nationale du Québec, consulté le 9 février 2010.

2- Christian Blais et. al., Québec, quatre siècles d'une capitale, Québec, Les publications du Québec, 2008, p. 196.

À consulter également
Denis Vaugeois. Québec 1792. Sillery, Éditions Septentrion, 1992. 176 pages.

mardi 19 janvier 2010

La crise de l'énergie à Québec et le "Merger", 1898-1962

En commençant, un mot sur Haïti...
Lors de la précédente mise à jour du blogue, la terre n'avait pas encore tremblée en Haïti. Bien entendu, tout le monde sait (j'espère...!) ce qui s'est passé dans ce pays déjà aux prises avec de nombreux problèmes. Ma connaissance de l'histoire de ce pays et de l'île d'Hispaniola n'étant pas assez grande (le temps et les ressources me manquant également), je ne me lancerai pas dans une comparaison historique, même s'il semble que cet événement puisse encore faire la Une pendant plusieurs jours. La problématique est complexe, les enjeux très nombreux et ce que nous pouvons faire est limité. Je croyais et je crois toujours inapproprié de faire un lien entre cet événement et certaines catastrophes naturelles que nous ayons pu connaître au Québec. Je ne ferai pas autre chose que vous donner un lien d'informations vers la mission des Nations-Unies en Haïti, la MINUSTAH

Maintenant, un autre sujet d'actualité...
Vous n'êtes pas sans savoir que plus près de nous se trame une entente entre Énergie Nouveau Brunswick et Hydro-Québec à propos de tout le système de production, de transport et de distribution d'électricité au Nouveau-Brunswick. Comme l'entente originale a du plomb dans l'aile, ce n'est pas sans rappeler l'évolution des différentes entreprises électriques et hydroélectriques de la Vieille Capitale et de la province de Québec.

Les lecteurs les plus sages se rappellent probablement de la Quebec Power Company, la compagnie qui controllait l'électricité résidentielle et commerciale dans la région de Québec pendant presque toute la première moitié du XXe siècle. Mais son histoire remonte à la fin du XIXe siècle. En fait, il faut s'attarder à la création des "conglomérats" Quebec Railway, Light and Power (1898), puis surtout de la  Quebec Railway, Light, Heat and Power (1909). Ces grandes compagnies regroupaient et fusionnaient de petites entreprises qui offraient des produits très diversifiés (production d'électricité, distribution de gaz et de produits de chauffage, transport ferroviaire, etc.) pour offrir un service complet. Nous en avons déjà brièvement discuté lors de notre article sur le tramway.

http://www.collectionscanada.gc.ca/obj/h30/f1/nlc003006-v6.jpg
Source: "Quebec, Montmorency and Charlevoix Railway, 1898" Quebec - Transcontinental Tour - Canada by Train, Collections Canada, consulté le 19 janvier 2010. 

Comme ces entreprises oeuvraient dans différents domaines et qu'elles avaient des activités complémentaires, mais qu'elles effectuaient en vase clos, leur efficacité était limitée. Mais les fusions leurs permirent une certaine expansion: constructions de centrales hydroélectriques  (Sept-Chutes 1916, Chaudière 1901, Armagh 1921, Saint-Raphaël 1921, Marches Naturelles 1908 entre autres) et de chemins de fer régionaux (la ligne se rendant de Québec à La Malbaie, avec l'aide du gouvernement fédéral et les compagnies précédentes, voir image plus haut) sont parmi leurs plus importantes réalisations. Mais ces réalisations ne se font pas sans accrochages.

Bien que le "merger" (ce qui donnera justement le surnom au siège social de l'entreprise, rue Saint-Joseph, appelé Merger Building, construit en 1910, qui abrite aujourd'hui les bureaux de l'arrondissement La Cité de la ville de Québec au 399, Saint-Joseph) semble avoir plusieurs ingrédients pour réussir son pari de prendre le contrôle de tout le marché de la grande région de Québec, il ne parvient pas à imposer ses tarifs.


Source: "Le bureau d'arrondissement de La Cité, Québec", Photo tirée de wikimapia.org, consulté en ligne le 19 janvier 2010.

La première décennie du XXe siècle voit entre autres une féroce concurrence entre la première version du "merger" et la Quebec Jacques-Cartier Electric Company qui obtient notamment le contrat d'éclairage des rues de la ville (1902) avant de tenter une percée dans le gaz lors de la reprise de l'entente avec la ville en 1907, percée qui se solde par des problèmes financiers pour la filiale de la QJ-CE Company et son concurrent, la Quebec Gas, problèmes qui mèneront à la vraie mouture du merger (1909).

À la suite du regroupement de presque toutes les compagnies "électriques" de la région sous la coupe de la Quebec Railway Light Heat and Power en 1909, on pourrait croire que le marché se calmera... Mais en 1911, la compagnie électrique Dorchester ravit le contrat d'éclairage de la ville de Québec au merger en offrant des prix moitié moins cher à partir de ses génératrices du quartier Saint-Roch. Mais la petite compagnie ne réussit pas à subvenir à la demande et doit fermer les livres vers 1915. Son contrat étant toujours valide, elle reçoit alors l'aide de la Shawinigan Water and Power Company qui fonde la Public Service Corporation of Quebec pour mener à bien son contrat... et intégrer le lucratif marché de Québec avec son hydroélectricité produite sur la rivière Saint-Maurice.

Alors, d'où vient la Quebec Power Company? Cette compagnie est née de la fusion de la Quebec Railway Light, Heat and Power et de Public Service Corporation of Quebec avec la participation relativement "discrète" de la plus importante entreprise d'hydroélectricité de la province, la Shawinigan Water and Power Company. Tout ceci parce que la QRLHandP s'aventure dans des coûteux projets d'expansion de ses chemins de fer tout au long des années 1910, que le secteur du gaz est déficitaire et que la compagnie doit se remettre du décès inattendue de son principal gestionnaire, Rodolphe Forget, en 1919. C'est en 1923 que la fusion se concrétise, devant les craintes des créanciers de la QRLHandP.



Source: Le complexe principal de la Shawinigan Water and Power Company, en 1945. Claude Léveillé, "Le Saint-Laurent au coeur du développement hydroélectrique régional", Fédération des sociétés d'histoire du Québec, consulté le 19 janvier 2010.

Véritable succursale de la Shawinigan Water and Power, la Quebec Power Co. ne se gêne pas pour charger des tarifs résidentiels pratiquement deux fois plus chers à Québec qu'à Montréal dans les années 1920 par kWh. Les affaires resteront bonnes jusqu'à ce qu'une commission d'enquête révèle les tarifs très élevés de Québec et mette ainsi énormément de pression sur la QPCo. Bien que des réductions soient finalement accordées, la contestation reste vive, surtout après que la ville ait renouvelé le contrat à la compagnie en 1933 et ce pour une période de 12 ans. Dans cette période, le prix baissera pour atteindre 0,01$ / kWh, en comparaison avec 0,06$ dans les années 1920, mais les plus vifs critiques trouveront quand même que l'échelle de prix de la Quebec Power sert à faire payer aux clients résidentiels les dépenses des secteurs moins rentables (transport et gaz) notamment.

Bien que les années de contestation vives du monopole de la Quebec Power se trouvent dans les années 1920 et surtout les années 1930 (les années 1940 et 1950 voyant la plus importante contestation se déplacer vers Montréal), la situation ne sera finalement "corrigée" que dans les années 1960 avec... la nationalisation de l'électricité et de l'hydroélectricité qui se fait finalement à l'avantage des clientèles résidentielles, mais au détriment d'un des plus gros joueurs privés de l'industrie: la Shawinigan Water and Power.

http://www.plq.org/fr/images/realisations/05.jpg
Source: Image électorale du Parti libéral du Québec, 1962. Site Internet du parti Libéral du Québec, consulté le 19 janvier 2010.



Sources pour cet article:
NOPPEN, Luc, Hélène JOBIDON et Paul TRÉPANIER. Québec Monumental, 1890-1990. Sillery, Éditions du Septentrion, 1990. 191 pages. (voir notamment la page 82 sur l'édifice du Merger)

VALLIÈRES, Marc, et al.. Histoire de Québec et de sa région. Tome II - 1792-1939 et Tome III 1940-2008. Québec, les Presses de l'Université Laval, 2008. Collection "Les régions du Québec", 18.

mardi 1 décembre 2009

Bibliographie commentée: La guerre de la Conquête (1)

Un premier sujet qui se fait offrir une bibliographie commentée. Cette bibliographie peut devenir en quelque sorte une liste de cadeau(x) de Noël parfaite en cette année à venir du 250e anniversaire de la bataille de Sainte-Foy et de la capitulation de Montréal (le 8 septembre 1760). La guerre de la Conquête, ou encore guerre de Sept ans en Amérique du Nord ou encore French and Indian War, est le conflit qui a opposé les Royaumes de France et de Grande-Bretagne en Amérique du Nord entre les années 1754 et 1763. Comme ce conflit touchait les deux couronnes, mais aussi et surtout leurs colonies nord-américaines et leurs alliés respectifs, nous vous offrons une sélection de livres assez faciles à dénicher et consulter qui vous donnerons une idée très précise de ce conflit. C'est un conflit qui soulève obligatoirement les passions au Québec et dont plusieurs commentateurs en connaissent encore trop mal les actions et les conséquences complètes au point de vue historique.

Nous offrirons nos commentaires sous forme de liste de livres en suivant une notice bibliographique complète de chaque ouvrage suggéré. Cette première partie suggère 3 livres qui traitent largement du siège de Québec en 1759, du grand classique québécois sur le sujet et de l'ouvrage le plus intéressant sur un aspect fascinant de ce conflit, la milice. Nous ajoutons finalement un livre "historiographique" paru cet été d'un intérêt certain.


FRÉGAULT, Guy. La Guerre de la Conquête, 1754-1760. Montréal, Éditions Fides, 2009 (1re édition 1955). pages
LE classique au Québec depuis 50 ans. Impossible de passer à côté de cet ouvrage qui est encore la norme. Mettant l'accent sur la "Conquête" du peuple canadien français, ce livre couvre les sources d'importance et offre un récit prenant dans un style précis des grands événements de la guerre de la Conquête à partir des premiers accrochages dans la vallée de l'Ohio.


STACEY, Charles P. Québec, 1759 - Le siège et la bataille. Québec, les Presses de l'Université Laval, 2009. pages.
LE classique au Canada anglais depuis 50 ans sur le seul siège de Québec en 1759. Les dernières éditions du livre parues au début du XXIe siècle offrent en plus de l'oeuvre originale une série d'articles et de tableaux détaillants les forces en présence et plusieurs sources analysées après la première édition. La traduction française aux PUL rendent parfaitement le ton de cet ouvrage très bien documenté et qui offre un ton neutre qui détonne des traditionnels récits fondateurs du Canada moderne tel qu'on peut encore les retrouver chez les auteurs Canadiens anglais modernes. Un livre d'une grande justesse et d'un grand intérêt qui couvre beaucoup de sources.


DECHÊNE, Louise. Le Peuple, l'État et la Guerre au Canada sous le Régime français. Montréal, Éditions Boréal, 2008. pages.
Le livre qui a probablement eu l'impact le plus important dans l'interprétation de la guerre de la Conquête depuis les 50 dernières années. Loin de faire un récit détaillé de la guerre, Louise Dechêne s'attarde aux conséquences et aux volontés guerrières de la milice dans cet ouvrage colossal. Iconoclaste à quelques égards, pas toujours l'ouvrage le plus accessible pour les néophytes, cet oeuvre posthume de Louise Dechêne offre un regard frais et très complet sur l'état de la milice et de la population durant toute la présence française au "Canada", donc dans la vallée laurentienne et consacre 3 chapitres complets aux 15 dernières années du régime, soit les années de la guerre de Conquête, mais aussi de la guerre de Succession d'Autriche. À lire absolument.


MACLEOD, D. Peter. La vérité sur la bataille des Plaines d'Abraham. Montréal, Éditions de l'Homme, 2008. pages.
MacLeod, oeuvrant au Musée de la Guerre de Ottawa, offre un ouvrage sous la forme de petites chroniques, de brefs chapitres qui offrent un portrait assez large du siège de Québec. Utilisant des sources parfois ignorées, il réussit à faire ressortir et mettre à l'avant-plan des anecdotes ou encore des aspects réellement méconnus du siège de Québec en 1759. L'ouvrage se lit facilement, est très accessible. Nous conseillons cependant un peu plus l'édition originale anglaise, Northern Armageddon. Seul bémol, l'élévation en héros inconnu de cette guerre du munitionnaire Cadet. À prendre avec un grain de sel. Pourtant, un ouvrage très intéressant qui fait la meilleure lecture des sources primaires variées depuis plusieurs années.


LACOURSIÈRE, Jacques et Hélène QUIMPER. Québec ville assiégée, 1759-1760, par les acteurs et les témoins. Québec, Éditions Septentrion, 2009. 270 pages.
Offrant une chronologie des événements en se servant directement des sources primaires sur le sujet, le livre n'est pas un récit du siège de Québec, mais bien une sorte de journal du siège. Chaque mois de 1759 se voit offrir un groupe de sources qui commentent, avec leur regard très contemporain, les événements quotidiens. Ce livre offre l'avantage de présenter quelques clin d'oeil historiques judicieusement choisis. Pratique pour l'amateur de petits détails et d'anecdotes.

La Conquête.
COURTOIS, Charles-Philippe. La Conquête. Une anthologie. Montréal, Typo, 2009. 496 pages.
Ouvrage le plus récent paru sur la Conquête, ce livre historiographique propose une sorte de recensement de la plupart des courants historiques et historiens dans leur interprétation des événements de la Conquête des colonies françaises d'Amérique. Son intérêt repose principalement au niveau de la largeur du spectre auquel le livre semble s'intéressé alors qu'il fait ressortir la Conquête dans une lumière bien différente des seules divergences entre les écoles de Québec et de Montréal des années 1950 à 1980 (conquête salvatrice contre conquête castrante pour simplifier...).

Bien des sujets restent à être couverts si on tient à parler de la fin du régime français en Amérique du Nord. C'est bien pourquoi vous aurez remarquer le chiffre - 1 - à côté du titre de ce message. Non seulement celui-ci est-il le premier... mais il y en aura d'autres...

mardi 3 novembre 2009

Les premières élections à la mairie de Québec

Comme nous avons récemment vécu une campagne électorale municipale, il nous apparaît important de nous rappeler comment tout ce processus à commencer en parlant des premières élections municipales dans la ville de Québec.

Le premier maire "élu" de Québec est l'avocat de 33 ans, Elzéar Bédard. En effet, la ville est érigée en cité par un décret royal en 1832 et gagne ainsi le privilège d'élire ses propres représentants, ce qui n'était pas le cas de la ville sous le régime britannique. Ainsi, la ville et surtout les citoyens peuvent élire pour une première fois le conseil municipal. Élu par des conseillers qui étaient, eux, élus par les citoyens, ce premier maire aura pourtant une brève carrière. En effet, l'avocat Bédard est un proche d'un certain Louis-Joseph Papineau et du parti patriote qui est en pleine période de radicalisation. Le conseil municipal, plutôt conservateur, lui préférera donc René-Édouard Caron, maire de 1834 à 1837 et de 1840 à 1846. Ce système restera en place pendant une vingtaine d'années (mis à part une bref épisode de suspension des pouvoirs publics à la fin des années 1830...)

Nous sommes au milieu des années 1850, plus précisément le 19 juin 1856. Une nouvelle loi stipule que les élections se feront dorénavant au suffrage populaire, ou du moins par les électeurs "[...] duement habiles à élire les membres du conseil" (1). Ces électeurs habiles sont bien entendu les propriétaires fonciers, qui peuvent élire. Le premier maire élu de Québec au suffrage public est donc le médecin Joseph Morrin. Écossais d'origine et amoureux de la ville, cet homme qui a fondé plusieurs institutions médicales de la ville (Collège des médecins, Quebec Lunatic Asylum, École de médecine, etc.) sera réélu à la fin de la décennie. Cette loi restera en vigueur jusqu'en 1870.

À partir de cette date, on revient au même mode de scrutin qu'avant 1856, c'est-à-dire, le vote du conseil. Ce retour aux anciennes méthodes provoquera un situation fort désagréable à l'Hôtel de Ville, alors situé au 80-84 rue Saint-Louis. Élu au poste de maire en janvier 1870, Adolphe Tourangeau doit rapidement laisser le champ libre au maire choisi par le conseil quelques semaines plus tard, fin avril, début mai, Pierre Garneau. Tourangeau alors outré de cette défaite alors qu'il avait été élu quelques mois plus tôt par la population, s'enferme à l'Hôtel de Ville. Il se rendra finalement trois jours après le début de son geste d'éclat.

Les maires se succéderont ensuite, nonobstant les changements de régime ou les modifications légales, jusqu'au début du XXIe siècle où les élections seront désormais tenues à date fixe pour toutes les municipalités du Québec.


Sources

1- Cité dans BOISSONNAULT, Charles-Marie, "MORRIN, JOSEPH", dans Dictionnaire biographique du Canada, volume IX, article disponible en ligne, consulté le 28 octobre 2009.

mardi 27 octobre 2009

La vaccination de la grippe de 1976

Depuis lundi le 26 octobre 2009, les autorités médicales provinciales du Québec ont débuté une grande campagne de vaccination pour essayer de mieux faire face à une possible deuxième vague de cas de grippe A (H1N1) qui a d'abord été surnommée grippe porcine. Nous utilisons ici le terme grippe porcine, traduction libre de swine flu, parce que l'épidémie états-unienne de 1976 et sa campagne de vaccination semblent être une des raisons pour lesquelles l'actuelle campagne de vaccination soulève autant de questions.

L'utilisation du terme grippe porcine relève de la possibilité de transmission de cette grippe notamment par et chez le porc. Cependant, si on fait référence à l'épidémie de 1976, on doit parler de deux souches de grippes. Une de type A(H1N1), une variante de la grippe de 2009, et une de type A(H3N2). La grippe de type A(H1N1) a été à cette époque localisée près de Fort Dix, New Jersey et a causé directement un seul décès en plus de forcer une dizaine de personnes à se faire hospitaliser. La peur vient du fait que l'on associait cette branche d'influenza avec celle de la grippe espagnole de 1918...

La deuxième souche de grippe (H3N2) ou grippe Victoria qui s'est plus largement répandu, n'a cependant pas causé un nombre élevé de décès. Cependant, la peur de voir deux souches virulentes de grippe frappé la population des États-Unis au même moment très tôt au printemps, avait forcé l'administration à prendre des mesures drastiques et à assurer une campagne de vaccination à très grande échelle pour l'automne 1976 pour prévenir une deuxième vague. C'est à ce moment que les problèmes vont commencer.

Après une campagne de relations publiques qui avait laissé la population sur sa faim, le National Influenza Immunization Program débute sa campagne de vaccination le 1er octobre 1976. Une campagne qui connaît un début très lent... qui n'allait pas s'améliorer. Le 10 octobre à Pittsburgh, trois personnes de plus de 70 ans et cardiaques meurent quelques heures après avoir reçu le vaccin dans la même clinique. (1) Bien entendu, la panique gagne rapidement la population au point que le président Gerald Ford se fera vacciner, avec sa famille, en direct à la télévision, le 14 octobre 1976, malgré le fait que les décès n'aient finalement pas été attribués au vaccin.

La campagne sera suspendue le 16 décembre 1976, alors qu'au moins 40 millions (certaines sources évoquent jusqu'à 48 millions) de citoyens des États-Unis ont été vaccinés, soit un peu plus de 20% de la population. Cependant, le principal problème de relations publiques de ce programme est le nombre élevé de cas du Syndrome de Guillain-Barré. En effet, environ 532 cas du syndrome ont été notés entre le début et la fin du programme de vaccination chez des patients ayant reçu le vaccin(2).

Le Syndrome de Guillain-Barré est une maladie qui affecte les nerfs et peut provoquer des paralysies très légères, voire indétectable, mais aussi des paralysies graves et complètes d'une grande partie du corps menaçant directement la vie du malade. Comme ce syndrome est potentiellement mortel et qu'un lien a été créer, au moins par les médias (puisque les autorités médicales n'étaient pas unanimes), entre celui-ci et le vaccin, la population a éviter de se faire vacciner et l'opinion publique a forcer les dirigeants politiques a arrêté le programme de vaccination. En 1976, 25 personnes seraient mortes des conséquences du Syndrome, sur les 223 décès liés aux complications de la grippe.(3)

Le programme de vaccination des États-Unis de 1976 a été préparé très rapidement, appliqué très rapidement et son efficacité a été rapidement mise en doute par des décès subits. C'est l'opinion publique et le reflet des médias qui ont grandement contribué à l'arrêt du programme... sans parler, bien entendu de la quasi-disparition de ces souches de l'influenza au début de l'année 1977...


Sources

1- NEUSTADT, Richard E. and Harvey V. FINEBERG, M.D., The Swine Flu Affair: Decision-Making on a Slippery Disease (1978), p. 56, livre consulté en ligne au http://www.nap.edu/catalog.php?record_id=12660, le 26 octobre 2009.

2- SCHONBERGER LB, et al., "Guillain-Barre syndrome following vaccination in the National Influenza Immunization Program, United States, 1976-1977.", Amercian Journal of Epidemiology, Août 1979, volume 110, numéro 2, pp.105-23.

3- RETAILLIAU, HENRY F., et al., "ILLNESS AFTER INFLUENZA VACCINATION REPORTED THROUGH A NATIONWIDE SURVEILLANCE SYSTEM, 1976–1977", American Journal of Epidemiology, 1980, Vol. 111, No. 3, pp. 270-278

mardi 20 octobre 2009

Le tramway électrique de Québec, 1897-1948

En pleine campagne électorale pour les élections municipales à Québec, alors que deux partis politiques (le Renouveau Municipal de Québec et le Défi Vert de Québec)ont décidé de faire de la construction d'un tramway un enjeu électoral (en plus de l'équipe Labeaume qui n'est plus contre) regardons un peu comment le tramway a déjà été utilisé à Québec.

On peut remonter, dans les rues de Québec, à l'apparition des tramways hippomobiles en Haute-Ville, mais d'abord dans le quartier Saint-Roch. En effet, la Quebec Street Railway commence à faire circuler un tramway hippomobile (donc tiré par des chevaux) dès 1865 entre les marchés Champlain et Jacques-Cartier. Cela se fait une dizaine d'année avant que le service se développe en Haute-Ville grâce notamment au travail de la St. John Street Railway qui lance le même service en Haute-Ville en 1878. Ces services seront les seuls services de transport en commun jusqu'en 1897.(1)

C'est en 1894 que l'entrepreneur Horace Beemer, l'homme à la tête du chemin de fer Québec-Montmorency-Charlevoix, fait les démarches pour obtenir l'autorisation d'utiliser les rues de la ville pour l'implantation d'un train, puis d'un tramway électrique (règlement 335, juin 1895)(2). Le réseau sera construit en 1896 et 1897, mais ce ne sera cependant que le premier souffle de cette nouvelle industrie. Le tramway prendra réellement son envol sous les auspices de la Quebec Railway, Light & Power Co. qui regroupera tous les services électriques de Québec incluant le tramway, à partir de 1899, dans un monopole que les citoyens appelleront "le Merger" (traduction libre de fusion). Avec le système mis en place par la QRL&P, la ville de Québec a pour la première fois un système moderne de transport en commun.

Les premiers tramways électriques de Québec fonctionne grâce à la centrale de la chute Montmorency qui appartient à la même compagnie et qui permet aux chars de parcourir les rues de la ville. Les tramways de 5,5 mètres de longueur (petites rues de la ville de Québec oblige) seront entreposés et réparés sur la rue Saint-Jean. Les quatre premiers circuits seront à peu près les suivants: 1- de Saint-Pierre à St-Vallier en allant faire un tour dans l'actuel quartier Saint-Sauveur pour revenir par Langelier, des Fossés (actuel Boulevard Charest) jusqu'à Dalhousie (juillet 1897); 2- de la rue de la Couronne à la rue St-Jean en montant (sans problème) la Côte d'Abraham (août 1897); 3- Rue d'Youville à des Érables en passant par St-Jean (fin août 1897); 4- de la rue Champlain jusqu'au Château Frontenac en passant par le côte du Palais (fin 1897).(3) La plus imposante structure de ce parcours, outre les câbles, est certainement le trestle qui permet de grimper la côte du Palais, un imposant pont de fer et d'acier de presque 200 mètres de longueur (à peu près sur le tracé de l'actuelle côte Dinan.(4)

Le service était assuré à l'année par la QRL&P qui avait son propre service d'entretien des rues ou plutôt de ses rails en ville. En fait, tout l'entretien se fait directement par la compagnie privée. C'est dans les années 1910 que le tramway va successivement voir son trajet allongé vers Sillery (via Saint-Cyrille, l'actuel Boulevard René-Lévesque) et vers Beauport, suivant l'actuel boulevard des Chutes.(5)

C'est vers le milieu du XXe siècle que l'automobile et surtout l'autobus pour le transport en commun viendront supplanter le tramway. En effet, les premiers autobus apparaissent vers 1937, mais prendront définitivement la place du tramway en 1948 avec la fermeture de la dernière ligne de tramway dans Saint-Sauveur.


Source et notes
1- Gilbert BERGERON, "La belle époque des tramways", dans Cap-aux-Diamants, numéro 20, hiver 1990, p. 19.

2- Marc VALLIÈRES, "Capitale provinciale et institutions urbaines", dans Histoire de Québec et de sa région, Québec, Presses de l'Université Laval, 2008, Tome 2, p. 1274.

3- Gilbert BERGERON, loc. cit., p. 21.

4- Ville de Québec - Les tramways, site consulté le 14 octobre 2009.

5- Idem

mardi 13 octobre 2009

La grippe espagnole de 1918

Par les temps qui courent, les médias semblent avoir à coeur la deuxième vague de la grippe A (H1N1) ou grippe porcine comme elle fût d'abord surnommée. Bien que des épidémies de grippes aient frappées et frappent encore notre planète, (pensons par exemple à l'épidémie de grippe H5N1 (aviaire, en 2005), la grippe de Hong Kong de 1968 ou même la grippe asiatique de 1957), il est important de se rappeler un peu l'histoire de la précédente épidémie qui ait frappé Québec, celle de la grippe espagnole de 1918.

La maladie est recensée en mai 1918, mais elle n'arrive "officiellement" à Québec, donc dans les médias, qu'autour du 27 septembre 1918 à Québec.(1) Ce n'est pas que les cas ne sont pas connus, mais en ville, les journaux n'en font guère mention. S'ensuit une véritable petite guerre de relations publiques alors que d'un côté le président du Conseil d'hygiène du Québec, le Docteur Arthur Simard déclare que la grippe espagnole n'existe pas, que nous faisons simplement face à une grippe saisonnière particulièrement virulente, tandis que le coroner de la ville de Québec, le Docteur Jolicoeur, affirme que la situation est menaçante et que le département d'hygiène de la ville n'a rien fait.(2) Ces houleux débats, tantôt alarmistes, tantôt minimisant les effets de cette grippe, seront rapidement éclipsés par la situation qui deviendra hors de contrôle.

À Québec, c'est le Bureau de santé qui forcera "[...] la fermeture des théâtres, des écoles, des tavernes et même des églises, en plus de restreindre les heures d’ouverture des magasins"(3) en octobre 1918. Malgré cela, la grippe frappe fort au milieu du mois d'octobre 1918, avec ses effets les plus dévastateurs ressentis entre le 10 et le 20 octobre. Elle fait pratiquement 500 morts dans la seule ville de Québec, dont une quarantaine de victimes par jour du 14 au 20(4). "Les corps publics, lents à s'émouvoir, s'étaient mis en branle, poussés aussi bien par les critiques que par l'évidence que la maladie dépassait en virulence les grippes ordinaires."(5)

La ville est pratiquement fermée pour une bonne partie du mois et les secours s'organisent. Le manège militaire est mis en quarantaine dès le 2 octobre et des écoles (notamment l'école Saint-Maurice de Limoilou) seront utilisés comme hôpitaux ou cliniques de fortune temporaires. La Société Saint-Vincent-de-Paul, les communautés religieuses de la ville (en particulier les Soeurs Servantes du Sacré-Coeur de Marie et les Soeurs Franciscaines Missionnaires de Marie)(6) en plus des étudiants en médecine de l'Université Laval et de la Ligue des ménagères qui fourniront du personnel médical bénévole (assistants, infirmiers et infirmières) pour passer à travers cette crise, seront tous appelés à contribuer.

Tout cela se déroule rapidement, alors que les premiers cas dans le monde étaient diagnostiqués au début de l'année 1918 et que la maladie est "disparue" vers le milieu de l'année 1919. À Québec, la mortalité diminue rapidement dès le début novembre 1918. C'est la dernière épidémie majeure que la ville de Québec ait connue.

Au final, ce que cette grippe montre n'est pas la virulence d'une maladie qui fera tout de même quelques millions de victimes sur notre belle planète, mais l'incapacité des autorités sanitaires et médicales de la ville de Québec à assurer un service de base en temps de crise à tous les citoyens. En effet, les quartiers les plus durement touchés sont les quartiers Saint-Sauveur et Saint-Malo. Au total, ce serait environ 80% des victimes qui résidaient en Basse-Ville(7), malgré les moyens de dernière minute fournis par la ville pour préparer des hôpitaux temporaires, incluant un montant de 25 000 dollars. Une préparation de dernière minute qui a causé bien des maux de tête aux patients et bien certainement au personnel médical qui a également payé un lourd prix de cette épidémie. De leur côté, "les métis indiens de la Réserve de Loretteville" n'auraient pas perdu aucun membre de leur communauté grâce aux plantes médicinales qu'ils utilisent. Dans ce cas-ci, la Berce ou Heracleum.(8)

Pour plusieurs personnes et dans plusieurs quartiers, cette épidémie venait s'ajouter à un climat déjà difficile d'économie de guerre et de "chasse aux conscrits", ces hommes qui refusaient de porter l'uniforme pour aller se battre avec les autres soldats canadiens pendant la Première Guerre mondiale. La décennie 1910 se terminait sur un épisode assez difficile...

Notes
1 - Antonio DROLET, "L'épidémie de grippe espagnole à Québec en 1918", dans Yolande BONENFANT, Trois siècles de médecine québécoise, Québec, La Société historique de Québec, 1970, Cahiers d'histoire no. 22, p. 99.

2- Antonio Drolet, loc. cit., p. 100.

3- Site Internet de la ville de Québec, consulté le 10 octobre 2009.

4- Réjean LEMOINE, "La grippe espagnole de 1918 à Québec", Cap-Aux-Diamants, Volume 1, Numéro 1, printemps 1985, p. 39.

5- Antonio Drolet, loc. cit., p. 104.

6- Antonio Drolet, loc. cit., p. 106.

7- Réjean LEMOINE, loc. cit.

8- Antonio Drolet, loc. cit., p. 106.