dimanche 3 juillet 2011

La visite de Élisabeth II à Québec et « samedi de la matraque », 1964

Le duc et la duchesse de Cambridge (dixit William et Kate) sont en visite au Canada ces jours-ci. Présents lors des événements soulignant la fête du Canada à Ottawa hier (tel que rapporté sur cyberpresse.ca). Ce voyage constitue un premier voyage officiel à l'étranger pour le jeune couple marié et il est assuré, comme à chaque passage de la royauté au Canada, que des manifestations soient organisées par différentes tendances antimonarchistes, surtout au Québec, pour souligner cet événement. Faut-il rappeler qu'une de ses visites s'est soldée par l'une des manifestations les plus célèbres de la seconde moitié du XXe siècle au Québec.

1964 marque le quatrième voyage officiel au Canada pour la jeune reine Élisabeth II, alors âgée de 38 ans (fait à noter que l'orthographe anglaise Élizabeth est officiellement utilisée au Canada). Ce voyage, qui se déroulait du 5 au 13 octobre,  avait comme objectif principal de commémorer le 100e anniversaire des conférences ayant mené à la Confédération, soit les conférences de Québec et de Charlottetown (Île-du-Prince-Édouard). Une visite à Ottawa était également prévue pendant ce voyage pendant lequel la reine était accompagnée de son époux, le prince Philip, duc d'Édimbourg.

Source: Marcel Laforce (photographe), L'Action, Lundi 12 octobre 1964, p.1. Bibliothèque et archives nationales du Québec, consultation en ligne, 2 juillet 2011. On voit ici Jean Lesage accompagnant la Reine et le début de la légende de cette photo se lit comme suit: « UNE REINE DÉLICIEUSE, UN PREMIER MINISTRE HEUREUX [...] ».

Le couple royal avait un itinéraire serré qui les a mené à Québec les 10 et 11 octobre 1964. Mais ce n'est pas la visite comme tel qui marque encore aujourd'hui une partie de l'imaginaire collectif québécois. Ce sont les manifestations qui ont accompagné cette visite et surtout la répression policière violente autour de ces manifestations. Bien que le couple était présent pendant presque toute la fin de semaine à Québec, ce sont les événements du samedi qui retiennent toute l'attention.

Source: L'Action, Lundi 12 octobre 1964, p. 1. Bibliothèque et archives nationales du Québec, consultation en ligne, 2 juillet 2011. Cette photo montre le journaliste pigiste américain Marc Scheiller (à droite) aux prises avec un policier de Québec.

Comme lors de chaque passage de membres de la famille royale, une série de rencontres et de réceptions sont prévues. L'arrivée du couple à Québec était prévue à 9h, samedi le 10 octobre et la première cérémonie d'importance devait se dérouler à l'Assemblée nationale et autour de la colline parlementaire. Un premier discours était prononcé devant le Conseil législatif qui siégeait dans l'Hôtel du Parlement de Québec. La reine allait prononcé une phrase qui allait prendre une tournure ironique dans cette journée: « Mon ardent désir est que personne parmi mes peuples ne subisse la contrainte » (L'Action, 12 octobre 1964, p. 1).

En effet, les premiers affrontements ont lieu à l'extérieur de l'Hôtel du Parlement. Des manifestants de partout au Québec sont réunis et se mélangent à une poignée de démonstrateurs s'étant réunis pour accueillir la reine. La quelque centaine de manifestants, presque noyée dans une imposante marée de plus d'un millier soldats ou de policiers, scandait farouchement leur opposition. La situation a alors rapidement escaladé, la tension laissant la place aux affrontements physiques directs. Il faut dire qu'avant l'arrivée du couple royal, les autorités policières de Québec avaient rapidement déclaré, par l'entremise du chef Roger Lemire, qu'elles ne toléreraient aucune manifestation. (L'Action, 10 octobre 1964, p.1)

1 «Le samedi de la matraque». Le 10... (Archives Le Soleil)
Source: Archives LE SOLEIL, « «Le samedi de la matraque». Le 10 octobre 1964, pendant le jour jusque tard dans la nuit, la police de Québec pourchasse et matraque les manifestants, les journalistes et aussi de simples citoyens. », consultation en ligne, 2 juillet 2011.

De l'Hôtel du Parlement, les manifestants se sont ensuite dirigés vers l'Hôtel de ville de Québec pour réclamer la libération des quelques arrêtés de l'avant-midi dont le boxeur Reggie Chartrand. Mêmes affrontements violents avec les policiers. Plus tard, c'est autour des remparts de la ville, près du bastion de la reine, que les manifestants et les forces de l'ordre s'affrontent. Finalement, les derniers affrontements violents de la journée se sont déroulés en soirée, en marge du bal organisé au Château Frontenac. Bref, à chaque étape de la journée du samedi, la reine a été suivie par des manifestants; à chaque étape, ces manifestants ont été « matraqués » par les forces policières. Et à chaque affrontement, les forces policières agissent de plus en plus rapidement et brutalement. Tous les passants, incluant pacifistes, badauds et journalistes, sont la cible des coups de matraque.

Bien que la visite s'est poursuivie le dimanche, le cortège royal a pu faire ses déplacements sans être réellement dérangés, ne serait-ce que par un petit groupe d'étudiants sur le campus de l'Université Laval qui ont, eux aussi, été dispersés par les forces de sécurité. On peut résumé facilement la visite royale de 1964 par le titre d'un article du journaliste Jacques Jobin dans le journal l'Action, du 12 octobre 1964: « Accueil froid de la population - Gestes d'une fermeté exagérée des membres de la Sûreté municipale - 32 arrestations ». Encore aujourd'hui, les événements du 12 octobre 1964 sont connus au Québec comme le « samedi de la matraque ». Tous ces événements s'inscrivent, bien entendu, dans un contexte politique et social tout à fait particulier au Québec des années 1960, mais il allait clairement donner le ton aux relations entre les nationalistes québécois et la monarchie canadienne pour les décennies à venir. Les méthodes ont peut-être changé, mais les enjeux semblent toujours d'actualité.

Quelques liens
- Le dossier sur les Archives de Radio-Canada. Ce dossier contient un document vidéo de plus de 55 minutes sur la visite à Québec.

- Ci-haut, une copie de qualité moyenne d'un vidéo du réseau TVA à propos des événements du « samedi de la matraque ». D'une durée d'un peu plus de 5 minutes, c'est un résumé correct des événements.

- Un documentaire sur le boxeur Reggie Chartrand, arrêté lors des manifestations de Québec, réalisé par Jules Falardeau. Les cinq parties sont en ligne en cliquant sur ce lien.

samedi 2 juillet 2011

Petite balado en attendant la mise à jour!

Bonjour à toutes et à tous,

L'été revient, les temps libres aussi.... Et temps libres = projets! Voici donc une petite mise à jour du blogue/de l'auteur avant une petite mise à jour historique.

- Samedi le 25 juin 2011, j'étais invité à l'émission LES SAMEDIS DE GENEVIÈVE sur les ondes de la Première chaîne radio de Radio-Canada. Pendant une douzaine de minutes, j'ai été parlé à l'animatrice, Geneviève Borne, de son arrière-grand-père et ancien maire de Québec, Lucien Borne. Vous pouvez entendre cet extrait en cliquant ici. (Il suffit de rechercher l'extrait « Qui était Lucien Borne »!);

- Parlant de radio, les chances sont très grandes que je revienne sur les ondes de la région de Québec à l'automne avec une série de chroniques régulières. Plus de détails à la fin de l'été!;

- Le 30 septembre prochain, je présenterai une communication dans le cadre du colloque « Autour de la pratique de l'histoire: quels rôles pour l'historien dans la Cité? » à l'Université Laval. Elle s'intitule (de façon tentative): « Le passé (re)visité: l'historien comme interprète du patrimoine ». Ce colloque est présenté par Histoireengagee.ca, un site Internet historien. Les détails pour les inscriptions sont à venir;

- Après une pause de quelques mois, Histoire et Société sera remis à jour de façon hebdomadaire cet été! Ça commence dès aujourd'hui avec un texte sur les émeutes lors de la visite de la reine en 1964. Mise à jour dans les prochaines heures, demain au plus tard!

Bon été!

dimanche 24 avril 2011

Un bonbon technologique avant la mise à jour

Fin de session oblige, le blogue ne sera pas encore mis à jour cette semaine.

Cependant, je vous offre maintenant la plateforme Disqus pour discuter du blogue de façon plus conviviale. Si vous ne la connaissez pas, c'est multiplateforme et ça vaut la peine (bref, je suis aussi vendeur que si j'avais un projet de nouveau Colisée!)

Bonne semaine!

dimanche 17 avril 2011

Mise à jour? Ah, oui?

Définitivement, la « vraie vie » (celle qui n'est pas virtuelle) me rattrape ces jours-ci. Les projets ne manquent pas, le travail non plus et c'est ce qui retardera certainement pour quelques jours la mise à jour de Histoire et Société. Entre temps, je vous invite toujours à consulter les carnets et autres blogues que je recommande dans la colonne de droite. Bonne semaine!

dimanche 10 avril 2011

125e de l'Hôtel du Parlement de Québec: grève pendant la construction

Cette semaine, on soulignait le 125e anniversaire de l'Hôtel du Parlement de Québec, notamment dans le cadre d'une émission spéciale de la Première chaîne radio de Radio-Canada diffusée en direct de l'édifice (Cliquez sur le lien pour écouter différents extraits de l'émission du 7 avril 2011). En effet, le premier débat de l'Assemblée législative s'y tenait le 27 avril 1886. Il est indéniable que cet édifice occupe aujourd'hui une place de choix dans le patrimoine bâti de la Vieille capitale. Sa construction n'a certainement pas été de tout repos...

Source: « Édifice du Parlement à Québec » (vers 1887), Bibliothèque et archives nationales du Québec, Cote P318, S2, P20, consultation en ligne, 10 avril 2011.

On décide de construire un nouveau bâtiment pour les chambres d'assemblée de la province de Québec dans les années 1870. Le bâtiment qui était utilisé sur la Côte de la Montagne manque d'espace. À cette époque, des rumeurs courent toujours à l'effet que certaines représentants voudraient voir déménager les édifices gouvernementaux (et le siège du gouvernement, purement et simplement) à Montréal et Québec manque clairement d'édifices assez respectables pour accueillir le siège du pouvoir politique. C'est finalement en 1875 qu'on lance le projet. Bien que l'on tergiverse un peu sur l'emplacement, le gouvernement fédéral vend finalement le Cricket Field à la province de Québec en 1876 et on choisit le projet d'un architecte de Québec, Eugène-Étienne Taché.

Source: J.E. Livernois, « Eugène-Étienne Taché », vers 1901, Bibliothèque et archives nationales du Québec, Cote P560, S2, D1, P1289, consultation en ligne, 10 avril 2011.

Taché avait prévu deux phases à son projet pour un budget total alloué d'environ 500 000 dollars (estimation de 1876). Vu la précarité des finances de l'état, on décide d'abord de se lancer dans la construction d'une partie de l'édifice soit les façades ouest, sud et nord (excluant donc la façade, appelée palais législatif). Si on remonte aux premiers travaux d'arpentage, la première phase de construction s'échelonne de 1876 à 1979, bien que la construction ait lieu surtout en 1878. C'est justement le 25 mai 1878 que le chantier connaît son premier conflit de travail: les tailleurs de pierre tombent en grève quand ils apprennent qu'on diminue leur salaire et qu'on décide de faire venir des employés de Montréal. Le conflit de travail mènera à une émeute, le 12 juin 1878, où la milice intervient et deux grévistes seront tués. Le chantier rouvrira à la fin du mois du juin, après des ententes avec les travailleurs. Malgré cet épisode, la première phase se conclut ainsi dans les temps et à peu près dans les coûts prévus puisqu'on évalue les montants de la construction à 392 000 dollars. 

Source: Eugène Haberer (gravure), « Façade des nouveaux édifices du Parlement à Québec » (vers 1880-81), tiré de MARTIN, Denis, « Les « héros de la patrie», la façade du Parlement », Cap-aux-Diamants, vol. 1, no. 4, 1986, p. 9. La gravure originale provient de Bibliothèque et archives nationales du Québec. La cote n'est pas spécifiée. Consultation en ligne, 10 avril 2011.

Les problèmes se produisent aussi pendant la seconde phase, soit la construction, à partir de 1880, du palais législatif. Le terrassement s'effectue jusqu'en 1882 et on lance ensuite un appel d'offres. C'est l'entrepreneur Alphonse Charlebois qui met la main sur ce contrat (probablement grâce à l'appui personnel du premier ministre Joseph-Alfred Mousseau, ci-bas) en soumissionnant pour 185 000 dollars. Les travaux débutent vers 1883. Dès le 19 avril, on sent que les travaux devront être accélérés puisque l'Hôtel du Parlement de la côte de la Montagne est la proie des flammes. On transfère donc rapidement l'Assemblée législative et le Conseil législatif dans différentes parties déjà construites de l'édifice actuel, mais la construction n'est pas terminée.

Joseph-Alfred Mousseau
Source: « Joseph-Alfred Mousseau », Assemblée nationale du Québec, consultation en ligne, 10 avril 2011.

Cependant, le principal problème arrive à l'automne 1884. Alors que les constructions ont repris pour la façade, dans la nuit du 11 au 12 octobre 1884, deux explosions détruisent largement la façade du Parlement. On a bien attendu une troisième explosion plus tard le 12 octobre, mais elle n'est jamais venue. Cette explosion est venue retarder les travaux. Combiné avec l'incendie de 1883, les besoins d'accélérer les travaux vont contribuer à l'explosion des coûts du Parlement. 

Source: « La dynamite a Quebec » (extrait), Le Canadien, 13 octobre 1884, p.2, consultation en ligne, 10 avril 2011.

L'Assemblée législative siégera ensuite pendant quelques mois au Salon rouge (actuelle salle du Conseil législatif alors que celui-ci siège toujours à la bibliothèque) en 1885 avant que l'édifice soit finalement livré en 1886. Les premières rencontres dans les Salons actuels ont lieu le 8 avril 1886, avant la fin de la construction de la tour centrale. Le projet final de Charlebois aura finalement coûté 1 million de dollars à l'état québécois. Coûtant près de trois fois le prix estimé au départ et provoquant ainsi la colère de certains journalistes et observateurs, le gouvernement a décidé de restreindre ses projets de grandes célébrations prévues pour l'ouverture du bâtiment.

dimanche 3 avril 2011

Petites nouvelles, pour se détendre...

Malheureusement, je ne pourrai pas faire de mise à jour complète cette semaine en raison de temps important que me prend la préparation d'une conférence pour cette semaine. Je vous offre tout de même la retranscription d'une petite annonce bien de son temps. Le premier objet en amiante porte certainement à réfléchir...


Le Canadien, 5 janvier 1891, p.2
AMIANTE! AMINATE!
-
Specialites Etrangeres et Domestiques
Pipes en amiante,
Boîtes de sûreté en amiante,
Carton d'amiante,
Presse-étoupe (packing d'amiante),
Ciment d'amiante pour conduits à vapeur et enduits de bouilloire,
Costumes en amiante pour pompiers,
Drap d'amiante,
Peinture d'amiante, à l'épreuve du feu,
Feutre d'amiante,
Corde d'amiante.
-
Poèles à Gaz, Lampes sans cheminées, Lampe à l'albocarbone, Poèles de cuisine fonctionnant au moyen d'une lampe, etc.
Théo. Hamel
44
Côte Lamontagne, Québec

____________________________________

samedi 2 avril 2011

Mise à jour: on attend demain...

Le blogue sera cette semaine mis à jour demain, dimanche le 3 avril 2011.

Entre temps, si le coeur vous en dit, vous pouvez essayer la nouvelle option de visualisation des carnets de blogger en cliquant sur ce lien. Les options sont en haut à droite. Les options "timeslide" ou "sidebar" sont les deux qui s'appliquent le mieux à ce carnet. Attention cependant, ces options sont encore en développement...